Alors que la Police nationale d’Haïti (PNH) bénéficie d’un appui soutenu de la communauté internationale, la situation sécuritaire du pays continue de se dégrader à un rythme alarmant. Sur le terrain, les groupes armés étendent leur emprise, tandis que les populations civiles restent exposées, souvent sans recours immédiat ni protection effective.
Dans la nuit du 13 au 14 avril 2026, la localité de Séguin, dans la commune de Marigot, département du Sud-Est, a été le théâtre d’un nouveau massacre. Des hommes lourdement armés ont attaqué la zone, faisant plusieurs morts et blessés, selon des informations concordantes. Cet épisode sanglant marque une nouvelle étape dans l’expansion territoriale des gangs, désormais actifs bien au-delà de leurs bastions traditionnels.
Après avoir consolidé leur contrôle sur une grande partie du département de l’Ouest, ainsi que dans des zones stratégiques de l’Artibonite et du Centre, ces groupes armés semblent désormais tourner leur regard vers le Sud-Est. Une progression qui alimente la peur d’un encerclement progressif du territoire national, dans un contexte où les forces de l’ordre peinent à contenir cette avancée.
Ce drame survient quelques semaines seulement après un autre massacre d’ampleur dans l’Artibonite, où environ 70 personnes ont été tuées à la fin du mois de mars. Malgré l’ampleur de ces violences répétées, la réponse sécuritaire reste jugée insuffisante par une grande partie de la population.
Dans ce climat de crise, la communication du haut commandement de la PNH suscite également des critiques. Le Directeur général, André Jonas Vladimir Paraison, multiplie les interventions dans les médias et sur les réseaux sociaux, mettant en avant ses actions et ses orientations stratégiques. Mais pour de nombreux citoyens, ces prises de parole contrastent fortement avec la réalité vécue sur le terrain.
L’épisode survenu récemment lors de son passage à l’émission Le Point sur Radio Télé Métropole reste dans les esprits. Interrogé sur les numéros d’urgence, le DG avait évoqué le 3838-1111, un numéro qui, selon les tests effectués en direct, n’était pas fonctionnel. Une séquence devenue symbolique d’un décalage entre discours institutionnel et réalité opérationnelle.
À Séguin, comme dans de nombreuses zones aujourd’hui sous la menace constante des groupes armés, cette question prend une dimension tragiquement concrète : vers qui se tourner en cas d’attaque ? Quel numéro appeler lorsque la vie est en danger ? Pour les habitants, la réponse reste souvent la même : personne.
Malgré les appuis logistiques, financiers et techniques de partenaires internationaux, la PNH semble dépassée par l’ampleur de la crise. L’absence de présence policière effective dans plusieurs régions du pays renforce le sentiment d’abandon ressenti par les populations, livrées à elles-mêmes face à des groupes armés de plus en plus organisés.
Au-delà des chiffres et des déclarations officielles, la réalité est celle d’un État en difficulté à garantir l’un de ses rôles fondamentaux : la sécurité de ses citoyens. À mesure que les massacres se multiplient et que les territoires échappent au contrôle des autorités, la question n’est plus seulement celle des moyens, mais aussi celle de la stratégie, de la coordination et de la crédibilité des institutions.
Dans ce contexte, le symbole du 3838-1111, numéro annoncé mais introuvable, résonne comme une métaphore brutale de la situation actuelle : une promesse de secours qui, pour beaucoup d’Haïtiens, reste encore inaccessible.
Jean Daniel Pierre
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